IN ANIMO E. H.INTRODUCTIONLE CERVEAUUNE CITATIONIN 1/IN 2/IN 3/IN 4/IN 5/IN 6/BRUIT/OUT/

LA PETITE ROBE BLANCHE


“La mode : Monseigneur la mort ! Monseigneur la mort !”

Leopardi. Dialogue de la mort et de la mode,
(Cité par W. Benjamin, Paris Capitale du 19e siècle).

J'ai cessé progressivement de m'habiller exclusivement en noir après l'enterrement de L.. Le noir a, ce jour-là perdu pas mal de son charme, se révélant — à mes yeux — très en dessous de l'événement, du travail de destruction qui s'était approché trop près de moi, tout cela dépassait une couleur trop simple, trop abstraite pour cette mort et ses ramifications insoupçonnées ; le spectacle que nous donnions à voir, tous gens des années 90 trop jeunes, toujours déjà en deuil, devenait un peu faible, un peu risible. Le reste du décor suivait, inexorablement entraîné vers la comédie, c'était ma seule défense. Le triste jardin de l'hôpital, le panneau de réservation des cours de tennis avec ses Photomatons de joueurs sous plastique comme autant d'absents, ses jeux déserts pour enfants (de) malades, la grosse voiture sombre si neuve et brillante prête à emporter ce corps que j'ai refusé de contempler sans vie ; sans pour autant échapper, des années plus tard à une description très malveillante et très juste sur les intentions de celle qui en était l'auteur.
Le noir décevant dans son inaptitude à rendre quoi que se soit de ce qui se passait là ; il aurait fallu des millions de couleurs et leurs nuances pour approcher ce qui était en jeu dans cette mort. Le noir n'était plus si beau, si élégant, il était juste ce qu'il était : facile et pratique pour peu que l'on ne soit pas trop exigeant.
À propos de la Petite Robe Noire, ce téléfim ennuyeux dans lequel on nous raconte que Coco Chanel l'invente (la P. R. N.) en signe de deuil n'arrange pas les choses ; pourquoi (continuer à ) porter le très vieux deuil de madame C. C. ?
Et s'il faut faire une robe (pourquoi faire une robe, je reviens à l'idée du paraphernalia, de l'équipement qui passe immancablement par le vêtement) et qu'elle soit portée par un corps vivant, animé, désirant, peut-être songer à une petite robe blanche jouant plus le rôle d'un cadre ou d'un rideau s'ouvrant sur une scène, une action, que celui d'une image.
Le noir annonce une cécité ; le blanc, peut être l'épiphanie, au sens Joycien, la quiddité décrits par R. B. .
V.B.

FYRIRHEITNA LANDIÐ